Quand l’impression 3D entre dans les métiers d’art du spectacle vivant
L’impression 3D s’invite aujourd’hui dans des métiers d’art qu’on n’aurait pas imaginés concernés il y a dix ans. À l’Opéra National du Rhin (ONR), à Strasbourg, elle a progressivement investi trois ateliers très différents : accessoires, cordonnerie et perruquerie. En effet, chacun a trouvé ses propres usages et ses propres raisons de ne plus s’en passer.
Nicolas Roué, accessoiriste : des objets introuvables dans le commerce
Pour Nicolas Roué, tout a commencé avec un problème simple : trouver soixante téléphones capables de s’allumer en même temps sur scène. En effet, pour l’opéra Turandot, il avait besoin que les choristes tiennent un téléphone éclairant leur visage pendant qu’ils chantaient. Impossible à trouver dans le commerce. Il a donc modélisé ces faux téléphones sur Fusion 360, appris chez La Biche-Renard il y a environ trois ans, et les a imprimés en série.
Depuis, les projets se sont enchaînés. Une boîte à musique avec un élément mobile, un service à thé complet imprimé en PLA patiné pour ressembler à de la porcelaine, des tasses en TPU qui rebondissent sans blesser les artistes en cas de chute sur scène. Cependant, l’exemple le plus récent illustre bien la logique de fond : pour le spectacle Hamlet monté à La Filature de Mulhouse, il lui fallait vingt-cinq gobelets argentés. Introuvables. Il les a dessinés et imprimés.
Patrice Coué, bottier : des talons et des armures
Patrice Coué est bottier à l’ONR. Il est aussi, de fait, l’imprimeur 3D de la maison depuis l’acquisition d’une première machine en 2021. Depuis, le parc s’est étoffé : une Bambu P1S, puis une Creality grand format.
Son usage historique, c’est le talon de chaussure. Depuis quatre ans, tous les solistes qui reçoivent des chaussures sur mesure portent des talons imprimés en ABS. Cela résout le problème des formes impossibles à sourcer chez les fournisseurs habituels. Par ailleurs, le grand projet de cette saison est une armure médiévale complète : le corps en PETG, les genouillères en TPU pour absorber les chocs sans se briser.
Patrice a aussi joué un rôle clé dans la diffusion de la technologie au sein de la maison. C’est lui qui a convaincu l’atelier perruquerie de franchir le pas.
Ambre Weber, perruquière : des têtes imprimées pour fabriquer des perruques
Ambre Weber dirige le service perruque et maquillage de l’ONR. Elle a d’abord utilisé l’impression 3D pour des coiffes légères — notamment pour le ballet Alice, où des danseurs devaient porter des tasses à café sur la tête tout en bougeant. La pièce devait être légère, stable, et résister à toute une chorégraphie.
Mais la vraie rupture, c’est la fabrication des têtes de perruques. Jusqu’ici, l’atelier travaillait avec des têtes en plâtre, fabriquées à partir d’une empreinte de chaque soliste. Lourdes, fragiles, contraignantes. Désormais, un sous-traitant alsacien vient scanner les artistes en 3D. La tête est ensuite imprimée : plus légère, plus précise, tout aussi utilisable pour poser le tulle thermoformable.
Enfin, Ambre projette plus loin : partager les fichiers de scan entre théâtres, pour pouvoir imprimer la tête d’un soliste avant même son arrivée. Autrement dit, numériser la collaboration entre les rares ateliers de perruquerie encore en activité en France.
Voir le reportage : tradition et impression 3D à l’ONR
Nous avons filmé ces trois artisans dans leurs ateliers. Ainsi, vous pouvez voir les machines, les pièces, les gestes — et entendre, dans leurs mots, ce que la fabrication additive a changé concrètement dans leur travail.
Comme le résume Nicolas Roué à la fin du reportage : les savoir-faire anciens restent au cœur du métier. La fabrication additive est simplement un outil de plus, mais un outil qu’on exploite vraiment et qui peut intéresser les différents métiers de l’opéra.
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